Too Many Goodbyes: The Diaries Of Susan Garfield

En 1944, alors que les Juifs de Budapest font face aux souffrances consécutives à l’occupation allemande, la jeune Zsuzsi (Susie), 11 ans, se réfugie dans l’écriture de son journal où elle décrit ses relations amicales ou familiales, ainsi que ses efforts pour composer avec la persécution ambiante. Enfant précoce, elle y consigne avec charme sa vie pendant la guerre et ses préoccupations quotidiennes, tour à tour banales et bouleversantes. Orpheline à l’issue du conflit, Susie prend la décision risquée de quitter son pays natal, la Hongrie, et ses proches pour émigrer à l’autre bout du monde. En proie à des difficultés d’adaptation, aux doutes et à la nostalgie, Susie trouve de nouveau refuge dans l’écriture de son journal, le seul endroit où elle se sent véritablement à sa place.

Attendre en vain

Je me suis réveillée au son des coups de feu, saisie par la peur qui ne me quittait plus. Je me demandais ce qui se passait. Ma mère a bien essayé de me calmer, de trouver les mots pour me rassurer, mais c’était peine perdue. Mes angoisses étaient fondées, nous allions bientôt nous en rendre compte. La Hongrie n’avait pas abdiqué. Les Allemands avaient kidnappé le fils de Horthy pour le forcer à démissionner, et le parti fasciste des Croix fléchées, aussi appelé les Nyilas, s’était arrogé le pouvoir. Dirigés par Ferenc Szálasi, un antisémite pur et dur, les Nyilas étaient des bandits, des voleurs et des criminels.

Des rumeurs circulaient sur la situation extérieure, notamment les milices qui patrouillaient dans les rues. Nous avions entendu dire que les maisons juives, situées de part et d’autre de chez nous, avaient été évacuées et que leurs occupants avaient été emmenés Dieu sait où. J’étais submergée par la peur et je craignais pour ma vie.

Il n’y avait pas d’issue possible. Je savais que toute personne arrêtée allait être assassinée. Quel autre sort pouvaient-ils nous réserver, sachant que les Russes étaient presque à nos portes? Le portail de notre immeuble était verrouillé et nous ne pouvions plus sortir. J’ai supplié ma mère de contacter mon oncle non-juif, afin qu’il essaye de nous procurer des faux papiers et de nous tirer d’affaires. Mourir m’était inconcevable. Elle a accepté de demander à un voisin non-juif de le faire. Mon oncle est alors venu nous chercher, mais le concierge a refusé de nous laisser partir. Je me souviens d’avoir réfléchi à un autre moyen de nous échapper, mais bien sûr, il n’y en avait pas.

Nous craignions le pire. Quelques semaines plus tard, les recrues des Croix fléchées sont venues avec des gendarmes et des policiers. Ils ont pénétré dans notre immeuble, nous ont fait descendre dans la cour et nous ont regroupés selon nos âges. Ma mère faisait partie des femmes qui ont reçu l’ordre de faire leurs valises sur le champ afin de partir. Un homme a timidement demandé s’il pouvait rester, car il allait bientôt fêter son cinquantième anniversaire. Il a été autorisé à rester.

Au moment de nous dire adieu, j’ai lu sur le visage de ma mère une expression familière. Elle me rappelait celle de mon père la dernière fois que je l’ai vu – un regard profond destiné à capturer le souvenir de mon visage.

Ă€ propos de l'auteure

Susan Garfield (née Zsuzanna Löffler) a vu le jour à Budapest en 1933. En 1948, elle a émigré au Canada dans le cadre du projet des orphelins de guerre, elle a d’abord vécu à Vegreville (Alberta), avant de s’installer à Winnipeg (Manitoba), où elle vit encore aujourd’hui. Son journal intime, rédigé en hongrois durant la guerre, a été traduit en anglais et publié dans l’anthologie Voices of Winnipeg Holocaust Survivors (2010). Son récit d’immigration a été publié dans l’ouvrage Holocaust Survivors in Canada: Exclusion, Inclusion, Transformation, 1947-1955 (2015).