Stories of Pesach: Holocaust Survivors Remember

« Alors que je commençais la rĂ©daction de ces mĂ©moires, le printemps approchait et avec lui, la fĂȘte de Pessah, ou PĂąque juive. Je ne me souviens pas de toute mon enfance, mais il y a des Ă©vĂ©nements, comme la fĂȘte de Pessah, qui sont aussi prĂ©cieux que leur souvenir en est net. » Georges Stern, Une jeunesse perdue

La PĂąque juive, Pessah en hĂ©breu, occupe une place particuliĂšre dans les tĂ©moignages de survivants qui, enfants, ont survĂ©cu Ă  l’Holocauste. InitiĂ©s dĂšs leur plus jeune Ăąge aux rites culturels et religieux de cette fĂȘte, les auteurs partagent avec joie et nostalgie les coutumes et saveurs liĂ©es Ă  ces souvenirs d’enfance heureux.

PubliĂ©s dans le cadre du Programme des mĂ©moires de survivants de l’Holocauste, les extraits suivants montrent comment Pessah Ă©tait cĂ©lĂ©brĂ© Ă  travers l’Europe avant la guerre. Ils tĂ©moignent Ă  la fois d’une identitĂ© culturelle commune mais Ă©galement d’une pluralitĂ© nourrie par la grande diversitĂ© des communautĂ©s juives. Les mĂ©moires rĂ©vĂšlent aussi comment les Juifs ont continuĂ© de fĂȘter Pessah durant l’Holocauste, parfois dans des conditions prĂ©caires, s’efforçant malgrĂ© tout de cĂ©lĂ©brer leur identitĂ© juive en dĂ©pit des persĂ©cutions.

Aujourd’hui, Pessah demeure une pĂ©riode de rĂ©jouissances pour nos auteurs-survivants, l’occasion de perpĂ©tuer en famille les traditions ancestrales dans le pays qui les a accueillis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Pessah, une fĂȘte de traditions

Durant huit jours, Pessah commĂ©more la dĂ©livrance et l’Exode des IsraĂ©lites, retenus esclaves en Égypte durant le rĂšgne du Pharaon RamsĂšs II. La fĂȘte commence par un repas rituel copieux, le SĂ©der, au cours duquel l’histoire de l’Exode est racontĂ©e Ă  partir de la lecture de la Haggadah. Avec ses mets spĂ©ciaux, ses chants et ses coutumes, le SĂ©der constitue le rituel central de la cĂ©lĂ©bration de PĂąque et fait l’objet d’une grande rĂ©union familiale.

Pendant Pessah les Juifs s’abstiennent de manger le hamets — tout aliment contenant de l’orge, du blĂ©, du seigle, de l’avoine et de l’épeautre fermentĂ©s —, afin de commĂ©morer le fait que, en quittant l’Égypte, ils n’avaient pas eu le temps de laisser lever leur pain. Avant la fĂȘte, ils font Ă©galement le grand mĂ©nage annuel de leurs maisons pour en retirer ces aliments et tout ce qui a Ă©tĂ© en contact avec eux. Ils utilisent d’ailleurs un service de vaisselle distinct n’ayant jamais Ă©tĂ© en contact avec le hamets et qui ne sert que pour la PĂąque.

NĂ©e en 1931 Ă  Paris (France), Muguette Myers tĂ©moigne dans ses mĂ©moires, Les Lieux du courage, des diffĂ©rentes traditions de Pessah qui ont marquĂ© son enfance. Si ses grands-parents maternels, les Fiszman, Ă©taient trĂšs pieux, ses grands-parents paternels, les Szpajzer, n’étaient pas croyants, ce qui, en ce jour de fĂȘte, donnait parfois lieu Ă  des situations cocasses.

« Traditionnellement, Ă  Pessah (la PĂąque juive), toute trace de produits au levain, jusqu’à la plus petite miette, doit ĂȘtre dĂ©busquĂ©e et Ă©liminĂ©e des placards Ă  provisions. De mĂȘme, toute la vaisselle doit ĂȘtre remplacĂ©e par celle de PĂąque. Tandis que la maisonnĂ©e Fiszman Ă©tait occupĂ©e au grand nettoyage, les Szpajzer, eux, ne s’en souciaient pas le moins du monde. Un jour, gromĂš [grand-mĂšre] Fiszman a dĂ©cidĂ© de rendre visite aux Szpajzer pour la PĂąque. Comme leurs fenĂȘtres donnaient sur la cour, ils ont aperçu GromĂš sortant de chez elle pour venir les voir. GromĂš Szpajzer a alors couru chez un voisin aussi peu pratiquant qu’elle et ils ont rapidement Ă©changĂ© les bouilloires ainsi que plusieurs tasses, soucoupes, fourchettes et cuillĂšres, afin que gromĂš Fiszman croie que la vaisselle avait Ă©tĂ© changĂ©e pour PĂąque. »

Outre cette anecdote, Muguette conserve aussi d’excellents souvenirs des mets juifs qu’elle savourait pendant Pessah.

« Quand la PĂąque arrivait, nous avions des matsoh [pain azyme sans levain et croustillant fait Ă  base de farine blanche et d’eau], de la soupe au poulet avec des boulettes de matsah, du gefilte fish [pour les AshkĂ©nazes, il s’agit de carpe farcie, tandis que pour les SĂ©farades ce sont des boulettes de poisson blanc bouillies]. Pour Pessah, GromĂš fabriquait aussi son propre vin provenant de raisins secs, une opĂ©ration qu’elle commençait juste aprĂšs la fĂȘte de Rosh Hashanah. Elle le laissait fermenter avant de le filtrer, puis elle le laissait reposer pendant un mois supplĂ©mentaire et le filtrait Ă  nouveau. Elle rĂ©pĂ©tait cette opĂ©ration environ trois fois avant que le vin ne soit prĂȘt Ă  ĂȘtre consommĂ©. J’aimais beaucoup ce vin. Quand je restais chez elle, chaque fois que nous recevions des visiteurs, on m’accordait le droit d’en boire un petit verre durant le repas. »

Muguette, à l’ñge de 9 ans (assise, à gauche) avec sa famille à Paris. À l’arriùre-plan : la tante de Muguette, Deeneh (à gauche) et la mùre de Muguette, Bella. À l’avant-plan, de gauche à droite : la grand-mùre maternelle de Muguette; son frùre, Jojo; et son oncle Yidele. 1940.

Des souvenirs en partie partagĂ©s par Georges Stern, qui dans ses mĂ©moires, Une jeunesse perdue, tĂ©moigne des dons de vins kasher qu’offrait sa famille aux moins fortunĂ©s d’Újpest (Hongrie),le jour de Pessah.

« Une des traditions de Pessah veut que les gens qui en ont les moyens distribuent aux moins fortunĂ©s des denrĂ©es que l’on consomme pendant la fĂȘte, comme le matsah, les Ɠufs, le poulet et le vin. Mon pĂšre, ErnƑ, et mon oncle JenƑ avaient conservĂ© cette coutume d’entraide en faisant don de vin kasher de leur vignoble. Juste avant Pessah, les familles pauvres pouvaient se rendre dans notre cour, oĂč se trouvait la cave, et prendre la quantitĂ© de vin dont elles avaient besoin. À l’ñge de 8 ans, on m’a accordĂ© l’honneur de leur distribuer le vin et j’ai donc rempli les bouteilles qu’elles apportaient, les unes aprĂšs les autres. Cela avait pris presque toute la journĂ©e, car nous en distribuions quelques centaines de litres, mais ce travail m’avait rĂ©joui, car il s’agissait d’une mitsvah, c’est-Ă -dire d’une bonne action. »

George (deuxiùme à partir de la gauche) avec son pùre, ErnƑ (à gauche), sa sƓur, Ágnes (deuxiùme à partir de la droite) et sa mùre, Leona (à droite).

Bien qu’elle accorde aussi une grande importance Ă  la nourriture, Ann Szedlecki met, quant Ă  elle, en lumiĂšre les rituels de la PĂąque dans le quartier juif de ƁódĆș (Pologne). Ses mĂ©moires, L’Album de ma vie, prĂ©sentent d’ailleurs le repas familial du SĂ©der, le dernier qu’Ann a passĂ© avec ses proches avant la guerre.

« Au printemps 1939, les rites annuels de la saison ont dĂ©butĂ©, comme chaque annĂ©e, lorsque les femmes ont jetĂ© la vieille paille des matelas et l’ont remplacĂ©e par de la fraĂźche. Cela signifiait que la PĂąque juive Ă©tait proche.

Pour la PĂąque, je recevais toujours de nouveaux vĂȘtements – des rubans neufs pour mes tresses, des sous-vĂȘtements et des chaussettes, une robe et des chaussures.

[
]

Les prĂ©paratifs de la PĂąque se faisaient sentir partout. Le plancher de bois de notre cuisine – piĂšce oĂč mon pĂšre travaillait et oĂč ma mĂšre cuisinait – a Ă©tĂ© rĂ©curĂ© avec du sable pour enlever les taches d’huile laissĂ©es par les machines Ă  coudre. Ma mĂšre a distillĂ© du vin : il tombait goutte Ă  goutte Ă  travers un linge, laissant un dĂ©pĂŽt. Elle prĂ©parait aussi un gros pot de betteraves en tranches avec de l’eau – l’eau fermenterait et serait utilisĂ©e Ă  la place du vinaigre qui Ă©tait un aliment interdit parce qu’il est un produit du blĂ©, ou hamets, interdit Ă  la consommation pour la PĂąque. Quant aux betteraves, on s’en servirait pour faire le bortsch (soupe de betteraves). Notre grand panier Ă  linge, Ă  prĂ©sent bien nettoyĂ© et doublĂ© d’un grand drap blanc, Ă©tait prĂȘt Ă  recevoir le matsah (pain sans levain). Nous avions de la vaisselle et des couverts spĂ©ciaux pour la PĂąque, mais nous ne possĂ©dions qu’une seule batterie de cuisine. Un homme est passĂ© avec une charrette contenant des cuves mĂ©talliques remplies d’eau chaude. AprĂšs avoir Ă©tĂ© trempĂ©es dans cette eau, nos poĂȘles et nos casseroles de tous les jours Ă©taient devenues kasher pour la PĂąque.

AprÚs tous ces préparatifs, nous avons accompagné notre pÚre dans la maison la veille au soir de la Pùque. Nous portions chacun une bougie à la main tandis que mon pÚre tenait une plume et nous sommes allés dans tous les recoins pour débusquer les derniÚres miettes de hamets cachées dans les fissures. Selon la tradition, nous devions brûler ce hamets le lendemain matin.

Le lendemain, Ă  midi, tout Ă©tait prĂȘt pour la fĂȘte. La belle nappe blanche fraĂźchement repassĂ©e, les chandeliers en argent poli, le fauteuil dans lequel mon pĂšre allait s’asseoir, appuyĂ© sur un gros oreiller, pour le premier SĂ©der. Sur la table, nous avions disposĂ© la vaisselle en porcelaine, les couverts, les serviettes, les verres Ă  vin et une assiette de matsah recouverte d’une belle serviette brodĂ©e devant la place de mon pĂšre. Dans le plat rond du SĂ©der, il y avait un Ɠuf cuit puis lĂ©gĂšrement brĂ»lĂ©, un jarret, des herbes amĂšres et d’autres ingrĂ©dients. Tout l’aprĂšs-midi, des odeurs appĂ©tissantes avaient embaumĂ© la cuisine. Mon estomac gargouillait, mais il devait attendre.

Le SĂ©der a commencĂ© lorsque les femmes ont allumĂ© les bougies et rĂ©citĂ© les grĂąces, et lorsqu’on a ouvert les Haggadot [livre de lectures utilisĂ© pendant la cĂ©rĂ©monie du SĂ©der]. Mon frĂšre a posĂ© les « quatre questions », mĂȘme si, Ă  l’exception du bĂ©bĂ©, j’étais la plus jeune. J’ai vĂ©rifiĂ© si Élie avait bu dans sa coupe. Les priĂšres et les lectures du SĂ©der se sont poursuivies harmonieusement jusqu’au moment du DayyĂ©nou [chant traditionnel de gratitude chantĂ© pendant le repas rituel, ou SĂ©der]. D’aussi loin que je me souvienne, j’avais toujours ri en entendant ce chant. Cette annĂ©e-lĂ , comme j’avais presque 14 ans, ma tante et moi espĂ©rions que j’avais dĂ©passĂ© l’ñge de rire. Nous n’avons pas eu cette chance. Le moment de chanter le DayyĂ©nou approchant, mon pĂšre a fixĂ© sur moi ses yeux bleus sous ses Ă©pais sourcils noirs, comme pour me demander de bien me conduire. Je me suis levĂ©e de table, la main sur la bouche, et quand je suis arrivĂ©e Ă  la cuisine, les gloussements que je retenais ont fusĂ©. »

La derniĂšre photo qu’Ann Szedlecki a reçue de sa famille alors enfermĂ©e dans le ghetto de Varsovie (photo prise Ă  BolimĂłw, en Pologne). De gauche Ă  droite : le pĂšre d’Ann, Shimshon Frajlich ; sa mĂšre, Liba Bayla Frajlich, tenant sa petite-fille Miriam dans ses bras ; sa sƓur Manya et ses deux tantes, Tauba et Sarah.

Pessah sous la politique antisĂ©mite nazie (durant l’Holocauste)

Les traditions de Pessah ont toutefois Ă©tĂ© bouleversĂ©es par la politique antisĂ©mite nazie. En effet, celle-ci prĂ©voyait l’annihilation de la population juive d’Europe et consĂ©quemment, la destruction systĂ©matique de son patrimoine culturel et religieux. NĂ©anmoins, malgrĂ© l’oppression, les Juifs se sont efforcĂ©s de maintenir la pratique de leurs coutumes et rituels, afin de prĂ©server leur dignitĂ© humaine et leur identitĂ©. Ainsi, les extraits qui suivent rĂ©vĂšlent comment durant l’Holocauste, la fĂȘte de Pessaha donnĂ© lieu Ă  une forme de rĂ©sistance spirituelle, et ce, mĂȘme dans les circonstances les plus difficiles.

Au premier soir de la Pùque juive, le 19 avril 1943, des combattants de la Résistance du ghetto de Varsovie attaquent les soldats allemands dans une révolte, mieux connue sous le nom de SoulÚvement du ghetto de Varsovie. Réfugiée dans un abri souterrain secret, la famille de Pinchas Gutter se recueille avec émotions durant le Séder, cherchant à travers ce rituel, paix et réconfort.

« Nous avons existé  en nous cachant, jusqu’au 19 avril 1943, jour d’Erev Pessah, veille de la PĂąque, ainsi que du soulĂšvement du ghetto de Varsovie. Ce jour-lĂ , une alarme a retenti. Les quelques tĂ©lĂ©phones que l’on trouvait au Ghetto fonctionnaient encore — surtout dans les appartements occupĂ©s par les mĂ©decins ou les personnes considĂ©rĂ©es comme importantes — et le mouvement de rĂ©sistance polonais qui, depuis l’extĂ©rieur, coopĂ©rait avec les rĂ©sistants juifs a appelĂ© quelqu’un du Ghetto pour prĂ©venir les habitants que les nazis arrivaient et allaient les dĂ©porter. Il existait dĂ©jĂ  Ă  ce moment-lĂ  de nombreux bunkers dans le Ghetto. Nous en avions Ă©galement construit un sous les ruines Ă  l’avant de notre immeuble. Le concierge, ainsi que les hommes de notre immeuble, dont mon pĂšre, l’avaient creusĂ©, amĂ©nageant une partie centrale, qui faisait office d’entrĂ©e, et deux piĂšces supplĂ©mentaires de part et d’autre de cette entrĂ©e. Ne voulant pas rendre les armes et se faire prendre par les Allemands, ils y avaient entreposĂ© de la nourriture et installĂ© des arrivĂ©es d’électricitĂ© et d’eau, ainsi que des bouches d’aĂ©rations, pour qu’on ne puisse pas repĂ©rer le bunker depuis l’extĂ©rieur. Mon pĂšre et ma mĂšre nous ont prĂ©parĂ©, nous les enfants, au jour oĂč nous aurions Ă  nous y rendre. Ils nous ont expliquĂ© que le moment venu, il ne faudrait poser aucune question et se prĂ©parer aussi vite que possible.

Ce jour-lĂ , nous sommes descendus dans l’abri souterrain oĂč nous Ă©tions environ 150 personnes [
] Mon pĂšre avait dĂ» se procurer du vin et quelqu'un d’autre des matsoth, car en soirĂ©e, ils ont prĂ©parĂ© le SĂ©der. Les autres occupants de l’abri, majoritairement des Juifs religieux, pleuraient et priaient. Ils connaissaient par cƓur la Haggadah, le texte juif qui Ă©nonce les rituels du SĂ©der durant la PĂąque. Encore aujourd’hui, je reste Ă©merveillĂ© par ces Juifs qui, dans des circonstances aussi difficiles, n’ont jamais oubliĂ© leur culture et leurs valeurs. De mĂȘme, ils ont toujours veillĂ© Ă  s’occuper de leurs enfants et Ă  leur trouver un refuge. » - Pinchas Gutter, Dans la chambre noire

AprĂšs avoir Ă©chappĂ© de justesse Ă  la fusillade de masse qui a dĂ©cimĂ© sa famille, Michael Kutz, 12 ans, devient membre d’un groupe de partisans dans la forĂȘt biĂ©lorusse. À l’approche de Pessah, avec ses compagnons d’infortune, ils tentent de reproduire les mets traditionnels et les rituels de cette fĂȘte. Si ces cĂ©lĂ©brations clandestines leur rappellent avec nostalgie l’absence des ĂȘtres chers, elles leur donnent aussi le courage et la volontĂ© de rĂ©sister.

« En avril 1942, on comptait 22 partisans juifs dans notre groupe. Étant donnĂ© que nous avions tous perdu nos proches, nous avions recomposĂ© une sorte de famille, devenant des frĂšres et des sƓurs les uns pour les autres. L’un des Juifs de notre groupe, Moishe Abramowitz, qui s’était Ă©chappĂ© de la ville de BobrouĂŻsk, avait apportĂ© un petit livre de priĂšres avec lui qu’il cachait dans ses bottes. Il nous aidait Ă  surmonter nos difficiles conditions de vie dans la forĂȘt et le sort tragique de notre peuple. Nous rappelant que Pessah approchait Ă  grands pas, il a rĂ©ussi Ă  obtenir des betteraves pour cuisiner une soupe rouge en substitut au vin qu’on servait traditionnellement pendant le rituel de cette fĂȘte religieuse. Nous n’avions pas de matsah, mais il avait dĂ©terrĂ© des raiforts dans les champs voisins. Le soir du premier SĂ©der, nous nous sommes rassemblĂ©s prĂšs de notre bunker souterrain.

Comme j’étais le plus jeune, il avait Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© que je poserais les Quatre questions, le Ma nishtanah. Je les connaissais bien puisque, cadet de ma famille, j’avais toujours Ă©tĂ© le candidat dĂ©signĂ©. Cependant, lĂ , dans la forĂȘt, j’ai proposĂ© des rĂ©ponses diffĂ©rentes de celles de la tradition.“Pourquoi cette nuit est-elle diffĂ©rente de toutes les autres nuits ?” J’ai offert cette explication :“ Parce que lors du dernier Pessah tous les Juifs Ă©taient attablĂ©s avec leurs familles devant des tables magnifiquement garnies de matsah et de timbales de vin rouge. L’an dernier, chacun de nous avait une timbale sur son assiette et Ă©coutait l’aĂźnĂ© de notre maisonnĂ©e conduire le SĂ©der. Ce soir, dans la forĂȘt, notre groupe solitaire et orphelin, aprĂšs avoir survĂ©cu par miracle, se souvient de ceux qui nous sont chers et qui nous ont Ă©tĂ© enlevĂ©s Ă  jamais.” Les larmes coulaient sur nos joues. AprĂšs cela, nous avons continuĂ© Ă  maintenir les traditions liĂ©es Ă  toutes les fĂȘtes juives, ce qui nous a donnĂ© le courage et la volontĂ© de tenir bon. Avec l’aide de Dieu, nous allions enfin vivre dans ce monde en tant que peuple libre. » - Michael Kutz, Si par miracle

Michael (premier rang, Ă  droite) en compagnie des partisans. ƁódĆș, vers 1945.


Pessah au Canada

CachĂ©e avec sa famille durant l’Holocauste, Muguette Myers a Ă©migrĂ© Ă  MontrĂ©al en 1947. Aujourd’hui, bien que non-pratiquante, elle est heureuse de cĂ©lĂ©brer Pessah avec ses enfants, ses petits-enfants et son arriĂšre petite fille. Elle aime dĂ©guster les mets typiquement juifs prĂ©parĂ©s par sa fille, qui de son cĂŽtĂ©, perpĂ©tue l’hĂ©ritage culinaire et religieux de ses grands-parents maternels, les Fiszman. Muguette conserve aussi prĂ©cieusement les recettes traditionnelles de son enfance, rĂ©digĂ©es par sa mĂšre, et qu’elle a gĂ©nĂ©reusement acceptĂ© de partager dans le cadre de cet article.


Biscuits aux noix de Pessah

2 Ɠufs
Ÿ tasse de sucre
1 pincée de sel
1 citron
1 tasse ou plus de noix
3 c. Ă  soupe de farine Ă  gĂąteau

1. Mélanger tous les ingrédients.
2. Cuire pendant 15 minutes dans un four Ă  325oF


Galettes de pommes de terre (latkes) au fromage de Pessah

Âœ lb de fromage cottage pressĂ©
3 Ɠufs 2 c. à soupe de sucre
1 c. à soupe de beurre fondu ou d’huile
Âœ c. Ă  thĂ© de cannelle
ÂŒ tasse de crĂšme sĂ»re
Âœ tasse de farine de matzah ou Ă  gĂąteau

1.Battre tous les ingrĂ©dients au mĂ©langeur jusqu’à l’obtention d’une pĂąte lisse.
2.Faire fondre 2 c. Ă  soupe de beurre et d’huile dans une large poĂȘle Ă  feu moyen.
3.Faire cuire les galettes de chaque cĂŽtĂ©, jusqu’à ce qu’elles soient dorĂ©es.